Qui n'a jamais crié au scandale, à l'attentat télévisuel, ou hurlé à la lune en jurant qu'on ne l'y prendrait plus, en apprenant l'annulation de sa série favorite ? Les sériphages de tous bords me comprendront !
Le fait est, et ce n'est pas une grande nouveauté, que nos chères séries subissent, comme n'importe quel autre "consommable", l'impitoyable loi du marché. Au pays du sacro-saint dollars, quand un network dit stop, la sentence est irrévocable ... ou presque !
Souvent associé à la culture geek, on imagine le sériephage résigné devant son écran, le regard vitreux et le poil terne. C'est mal le connaître ! A l'ère du 2.0 (ou peut-être est-ce le 3.0, j'ai toujours été fâchée avec les dates !), c'est un guerillero de la VOD (Video On Demand), las de voir ses séries adorées tomber au champs d'honneur, éreintées par la course à l'audimat.
Sauf que, un tantinet à la traîne, les networks et leurs consoeurs câblées américaines ne comptabilisent pas encore les visionnages sur Internet de leurs programmes. Un oubli de taille puisque le public sériephile, âgé en moyenne de moins de 30 ans, préfère disposer de ses épisodes chéris quand il le désire, ce que permet la VOD, plutôt que le très plan-plan rendez-vous cathodique à heure fixe.
Donc, quand sonne le glas de sa série, il arrive que le fan se rebiffe et fasse montre d'ingéniosité pour que survivent ses héros ... avec plus ou moins de succès, mais il fallait tout de même souligner l'effort !
Parmi les exemples les plus significatifs de cette révolution en marche, la série Enterprise fait figure de chef de file du mouvement. Après quatre saisons, cet énième spin-off de Star Trek est menacée d'annulation en 2005. Vague d'indignation chez les afficionados du Klingon qui tentent le tout pour le tout : campagnes de pub, collectes de fonds, sites internet... Ils iront jusqu'à proposer le financement de la série par les fans ! Mais le putsch n'aura pas lieu : Paramount-1 Vulcains-0 !

Pour la vampirique
Moonlight, condamnée en 2008 après une seule saison, la mobilisation a pris une tournure plus inattendue. Avec l'assentiment de la Croix Rouge, une collecte de sang à l'échelle nationale est organisée. Une b.a. saluée par l'acteur aux dents longues Alex O'Loughlin, mais qui n'aura pas suffit à ressusciter la série.
Portée par la critique mais elle aussi échaudée par une chute d'audimat, Veronica Mars ne passa pas le cap de la saison 3, malgré l'envoi massif de barres chocolatées "Mars" aux bureaux de la chaîne CW.
Rien ne semble faire plier les dirigeants des networks, pas même l'indigestion !

Rien ? Pas sûr, puisqu'en avril dernier, les accrocs de la série
Chuck ont fomentés une grosse opération de com' avec le sponsor du show, la chaîne de restauration rapide Subway. Pour chaque sandwich acheté, un mot serait envoyé à NBC. Certainement plus sensible à la crise de foie que sa concurrente CW, la chaîne s'est résignée : une saison 3 est annoncée pour mars 2010.

Et, lauréat dans la catégorie "la menace gronde", le cas
Dollhouse. Ou plutôt "le cas Whedon" puisque le créateur de Buffy et d'Angel traîne dans son sillage une horde de fans à la fidélité sans faille. Alors que
Dollhouse n'était encore qu'au stade embryonnaire, les whedoniens ont manifesté en masse leur soutien absolu à leur gourou sur Facebook, de peur que la Fox, trop frileuse, refuse de la diffuser. La chaîne de Ruppert Murdoch a finalement cédé et la série se paye même le luxe d'une deuxième saison (actuellement sur la Fox).
Du jamais vu pour une série, le bébé de Josh Whedon fut sauvé avant même le début de sa diffusion !
Petit à petit, le fan infiltre le pouvoir décisionnaire des grands médias US.
Moi qui porte encore le deuil pour Pushing Daisies ou Carnivale... soupirs...
Las, on déplore encore des trésors trop vite enterrés avec, en face, des résurrections dont on se serait bien passés.